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La Renaissance désigne une époque de renouveau qui s’opère à partir du XVe siècle à tous les niveaux en Europe, dont le domaine de l’architecture. Ce changement se fait graduellement au cours du siècle, et se propage ainsi également dans les différentes régions. Donc il n’est pas surprenant de voir que les caractéristiques de l’architecture de la Renaissance évoluent au sein d’une même époque. Il y eut ainsi deux phases notables : la Renaissance italienne qui débute à Florence, suivi de la Haute Renaissance qui marque une propagation rapide de ce mouvement dans toute l’Europe un siècle plus tard, et notamment en France par le biais des guerres et l’arrivée d’artistes italiens sur le territoire français, notamment Serlio. On l’appelle Renaissance française. Loin d’être une simple reproduction de l’art italien en France, cette architecture offre sa propre interprétation de la Renaissance en adaptant les éléments de cette dernière. Quelles sont alors les différences et les similitudes entre ces deux courants architecturaux ? La première similitude est celle de l’abandon de l’ornementation riche, au profit des lignes épurées et des formes simples propre à la Renaissance. On abandonne progressivement l’arc en ogive gothique pour celui en plein cintre, comme on peut le voir dans le château de Fontainebleau. L’éloignement du style gothique se voit aussi par des lignes de plus en plus horizontales, contrastant avec la recherche de verticalité, et s’approchant des proportions de la Renaissance italienne. Le style devient ainsi plus simple et plus géométrique. Il suit également des règles de proportions et de symétrie plus strictes.La Renaissance en général s’est caractérisée par un retour aux sources, et les architectes italiens, comme Brunelleschi et Bramante, se sont appliqués à reproduire les ordres, les colonnes, les frontons etc., tout élément gréco-romain est ainsi reproduit, et les Français en ont fait de même. Ainsi, les ailes est et sud le château de la Rochefoucauld présentent un décor de portiques et d’arcades sur trois niveaux à l’italienne (cas unique en France), qui rappelle celui du Colisée. Plus encore, l’hôtel d’Assézat à Toulouse comporte une élévation à trois niveaux superposant les trois ordres classiques (ordre ionique, ordre dorique, ordre corinthien), elle reprend la hiérarchie des ordres établie par le traité de Serlio, et rappelle les travaux de Bramante. Le château de Fontainebleau emploie également des corniches, des frontons sur les fenêtres, et des pilastres, tout comme la majorité des châteaux de la Renaissance française (Chenonceau, Gaillard, Blois etc). On remarque également une alternance entre fronton et arcs surbaissés dans la galerie du bord de l’eau du Louvre, inspiré par le Palazzo Farnese où l’on retrouve également cette alternance sur les fenêtres du deuxième niveau.Les Renaissances ont également travaillées sur la composition modulaire de la façade. En effet, ils alternent entre les travées, délimitées par des pilastres et des corniches/entablements. Ce rythme est particulièrement présent dans le château d’Ancy-Le-Franc imaginé par Serlio, surtout du côté cours. Une alternance entre des fenêtres encadrées de pilastres, et des niches, se fait sur deux niveaux, et cette alternance est prolongée sur la toiture grâce aux lucarnes pour ne pas briser la continuité verticale du module. Cette façade présente une grande ressemblance avec le palais Rucellai à Florence, construit par Alberti. La répétition fenêtre/pilastre est également bien présente, délimitant des travées à chaque niveau. Ces deux bâtiments portent un grand intérêt aux rapports de proportions entre les différents éléments composant la façade. On voit cette architecture modulaire dans les deux mouvements, mais là où il existe juste quelques exemples en Italie, avec des palais, elle est presque omniprésente dans l’architecture française de la Renaissance, les Italiens ayant plus travaillés sur les proportions et les formes, sur l’ensemble de la volumétrie, comme le Tempietto de Bramante par exemple, plutôt qu’uniquement sur les façades. Même le palais Rucellai présente plus de profondeur par les pierres qui ressortent que le château d’Ancy beaucoup plus plat.Malgré toutes ces ressemblances, les deux Renaissances présentent des dissimilitudes notoires. La plus grande différence réside surtout dans la fonction des bâtiments, mais ceci est lié au contexte socio-politique de l’époque. En effet, il est difficile de comparer une architecture tournée principalement vers les bâtiments religieux et publics, à une architecture purement résidentielle et palatiale. Là où la plus grande force politique en Italie était celle du pape et de l’institution religieuse, les églises et les temples prédominent, à l’exception des quelques commandes faites par les familles Rucellai et Medici, alors qu’en France où la monarchie reste omniprésente, il s’agit surtout de commandes de palais, comme tous les châteaux de la Loire. Ceci a eu un impact important sur la typologie du bâtiment, qui marque une différence entre ces deux architectures. Là où l’on voit en majorité des plans en croix ou des rotondes surmontés de dômes imposants en Italie, comme le Tempietto de Bramante, les bâtiments en France restent plus terre à terre, dominés par l’horizontalité.Plus encore, on voit clairement des différences qui ont pour origine l’héritage culturel de chaque peuple. On remarque ainsi l’attachement des Français à l’architecture militaire du Moyen Âge. Malgré le fait que l’architecture renforcée n’a plus aucune utilité dans les châteaux purement résidentiels de la Loire, on voit toujours les architectes employer des mâchicoulis et des plans rectangulaires flanqués de quatre tours. Ceci est probablement dû à la reconstruction ou restauration de plusieurs châteaux médiévaux durant la Renaissance, le château de Chaumont-sur-Loire entre autre, qui a imposé une esthétique particulière à ce genre de construction, ce qui a poussé les architectes français à continuer dans cette voie. Ces caractéristiques, qu’on ne voit jamais en Italie, deviennent ainsi des éléments décoratifs propres à la Renaissance française. Il en est de même pour les lucarnes qu’on aperçoit sortant de la toiture des châteaux. La technique de charpente accessible utilisée par les Français permettant d’ouvrir des baies dans la toiture inclinée (dû au climat plus pluvieux), la lucarne devient aussi un élément décoratif, qui se répète en module pour continuer le rythme de la façade. Le château de Chambord est un exemple célèbre représentant l’ensemble des caractéristiques citées.A priori, les jardins à la française semblent être une caractéristique propre aux châteaux dans ce pays. Cependant, ceux-ci furent inspirés des jardins italiens. Le jardin à l’italienne (Giardino all’italiana) naît sur les collines qui bordent l’Arno, dans la région de Florence, au début de la Renaissance italienne, inspiré des jardins romains et napolitains. Les jardins de la Villa Medici à Fiesole en est un exemple notoire. Là où l’Italie perd petit à petit cet intérêt pour cet aspect, surement à cause du milieu urbain et des fonctions des bâtiments, la France donne autant d’importance au jardin qu’à l’architecture, si ce n’est plus. Bien qu’ils aient évolués à partir des jardins italiens, ils poussent ce concept à l’extrême, axés sur des formes géométriques et des tracés exacts, qui donnent un style beaucoup plus formel et strict. On remarque cette évolution dans les châteaux français, comme par exemple le château de Fontainebleau ou celui de Gaillard dont les jardins sont considérés être à l’italienne, le château de Hierges en Ardenne considéré comme mixte, et ceux purement français de Villandry et Chenonceau.En conclusion, ces deux courants présentent bon nombre de similitudes qu’on retrouve dans les éléments des façades, la composition et la conception de celles-ci. Cependant ces éléments sont extrêmement bien intégrés dans le paysage rural français et s’éloignent de l’effet antique que donnent ceux-ci dans l’architecture de la Renaissance italienne. Bien que les deux soient des Renaissances, et bien que la Renaissance française soit également lancée par des architectes italiens, on ne peut s’empêcher de remarquer une grande différence de style entre ces deux mouvements. Ceci montre que l’architecture n’est pas une exactitude universelle, ni uniquement un produit de l’époque, c’est surtout une évolution constante qui cherche à s’adapter au site et à la culture qu’elle sert.